L’actualité des marchés de l’énergie
Clôture des prix au 13 mars 2026
Marché de l’électricité
Nucléaire français, rempart fragile dans un marché sous haute tension
Le marché européen de l’électricité traverse une période de turbulences croisées. D’un côté, la France affiche une résilience notable : avec 32,5 TWh produits en février et une disponibilité nucléaire autour de couvrant plus de 80 % de la demande nationale, le système français constitue un îlot de stabilité relative dans un continent sous pression. Les prix spot français ont certes franchi les 125 €/MWh, mais la hausse reste plus contenue qu’ailleurs, au point que les capacités d’interconnexion sont quasi saturées.
De l’autre côté, le marché carbone vacille. L’EUA décembre 2026 a touché 67,60 €/t, son plus bas depuis mai, sous l’effet de spéculations sur un possible assouplissement des règles d’allocation. Si la ministre allemande de l’Énergie a fermement écarté toute suspension du marché carbone, le rebond reste technique et fragile. Le sommet européen des 19 et 20 mars s’annonce décisif.
Pendant ce temps, le charbon regagne en compétitivité face à un gaz hors de prix, ravivant une contradiction que Bruxelles préférerait taire.
Historique & Variations des prix de l’électricité
Source EEX - Power Futures BASE Year
À la une
Marché de l’électricité
Le marché de l'électricité : touche pas à mon prix marginal
La loi du dernier entré
Le prix marginal, c’est simple : c’est le coût de la dernière centrale appelée pour satisfaire la demande qui fixe le prix pour tout le monde.
Critiqué, souvent mal compris, ce mécanisme reste pourtant la colonne vertébrale d’un marché électrique efficace. Les producteurs d’énergies renouvelables, eux, en ont besoin pour amortir leurs coûts fixes sur la durée.
Le gaz fait le show
En Europe, cette dernière centrale, c’est souvent une turbine à gaz. Et quand le gaz s’envole, comme depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février, l’électricité suit.
Le débat sur le découplage électricité-gaz est relancé, et Bruxelles promet des options pour le sommet du 19-20 mars.
Méfiance dans les rangs
Engie, Statkraft, Eurelectric… les grands acteurs tirent la sonnette d’alarme : changer les règles du jeu en urgence serait une erreur.
Le marché actuel fonctionne à condition de l’appliquer correctement, partout, sans bidouillages nationaux à l’italienne.
Le vrai risque : l’impatience politique
Modifier un système complexe sous pression conjoncturelle, c’est risquer de casser ce qui marche pour des gains illusoires à court terme.
La stabilité réglementaire, c’est aussi ça, l’investissement vert.
L’essentiel, ailleurs en Europe
Marché de l’électricité
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Paris veut trancher d’ici 2030 sur la construction d’un premier réacteur à neutrons rapides, une technologie capable de fonctionner à l’uranium appauvri et au plutonium, pour s’affranchir des importations d’uranium naturel d’ici la fin du siècle. En parallèle, EDF devrait recevoir avant fin 2024 le feu vert définitif pour six nouveaux EPR2, pour un coût réévalué à 73 milliards d’euros. La facture a doublé depuis les premières estimations. Flamanville est passé par là.
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Les géants du numérique réclament à l’UE l’électrification de 50% des usages énergétiques d’ici 2040. Grilles saturées, signaux politiques contradictoires, coûts d’entrée élevés : les freins sont réels, mais l’urgence géopolitique, Hormuz fermé, gaz à trois ans de haut, rend le statu quo intenable.
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Le gestionnaire de réseau Terna tire la sonnette d’alarme : d’ici 2030, plus de 26 GW de centrales à gaz pourraient tomber sous le seuil de rentabilité, faute d’heures de fonctionnement suffisantes. Le marché de capacité reste le seul filet de sécurité crédible mais son avenir au-delà de 2032 reste flou.
Marché du gaz naturel
Ormuz fermé, stocks vides : l'Europe joue avec le feu cet hiver
Depuis les frappes du 28 février sur l’Iran, le marché européen du gaz a basculé dans une nouvelle réalité. Le TTF, qui s’échangeait à 31,95 €/MWh, a bondi jusqu’à 69,5 €/MWh avant de se stabiliser autour de 47–58 €/MWh. Ce répit reste précaire : le détroit d’Ormuz — voie de transit d’environ 20 % du GNL mondial — demeure de facto fermé, et Qatar, Koweït et Irak ont déjà réduit leurs volumes.
La situation des stocks européens aggrave l’équation : à 29,2 % de remplissage contre 36,2 % à la même période l’an passé, la marge de manœuvre est bien plus mince que ne l’admet officiellement la Commission européenne. Entre dix et vingt méthaniers ont déjà été redirigés vers l’Asie, où les primes attractives concurrencent directement les acheteurs européens. Si les perturbations perdurent, un déficit de 9 % des importations annuelles de l’UE est envisageable.
Les flux norvégiens compensent, et les températures douces offrent un sursis. Mais chaque fenêtre de détente est une opportunité de sécurisation que l’Europe ne peut se permettre d’ignorer.
Historique & Variations des prix du gaz naturel
Source EEX - PEG Gas Year Future
À la une
Marché du gaz naturel
Plafond sur le gaz : remède miracle ou poison lent ?
Le front du refus
Énergéticiens, opérateurs de marché et banques d’investissement ont uni leurs voix pour alerter Bruxelles sans détour : plafonner administrativement le prix du gaz ne soulagera pas les consommateurs, il risque surtout d’éloigner les cargaisons de GNL vers des marchés plus rémunérateurs. Un signal de prix artificiel en dessous du marché mondial, et l’Europe perd instantanément son attractivité comme partenaire commercial fiable.
Von der Leyen joue plusieurs cartes
La présidente de la Commission ne ferme aucune porte : PPA, contrats pour différence, aides d’État, subventions ciblées… Le plafond reste sur la table, mais le mécanisme de tarification marginale de l’électricité est défendu. L’enjeu du sommet des 19-20 mars : trouver des mesures d’urgence sans fracturer l’architecture du marché.
Les dérivés, premières victimes collatérales
Un plafond déconnecté du marché physique paralyserait les instruments de couverture. Résultat paradoxal, moins de liquidité, davantage de primes de risque, et une facture finale plus lourde pour les consommateurs que l’on prétend protéger.
Ne pas se tromper de combat
Les signataires rappellent 2022 : le mécanisme européen de correction des prix n’avait jamais été déclenché, les cours s’étant effondrés avant le seuil d’activation. Leur message est limpide, préserver l’intégrité du marché et les outils de couverture vaut infiniment mieux que toute intervention artificielle sur les prix.
L’essentiel, ailleurs dans le monde
Marché du gaz naturel
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Face à une flambée historique, le Brent frôlant 119 $/baril avant de plonger brutalement de 11 %, l’Agence internationale de l’énergie libère 400 millions de barils de stocks stratégiques, soit plus du double mobilisé après l’invasion de l’Ukraine. Sixième action collective de son histoire, ce signal fort vise à stabiliser des marchés tétanisés par le conflit au Moyen-Orient et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz.
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Les coûts de production d’électricité au gaz ont bondi de plus de 50 % dans les dix premiers jours du conflit, ajoutant 2,5 milliards d’euros à la facture européenne. L’Italie, où le gaz fixe le prix de l’électricité dans 89 % des heures, paie cash sa dépendance structurelle. L’Espagne résiste : grâce à l’essor des renouvelables, cette dépendance est tombée à seulement 15 %.
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Le plus grand projet GNL mondial ayant atteint une décision finale d’investissement, 32 Mtpa pour North Field East, devrait démarrer début 2027 au lieu de mi-2026. La guerre ralentit les chantiers et perturbe les chaînes d’approvisionnement. QatarEnergy a déclaré la force majeure sur l’ensemble de ses exportations : tant que le détroit d’Ormuz reste sous menace, pas un seul cargo ne prendra la mer.
Zoom sur l’énergie verte
Quand la guerre fait trembler le gaz… et accélère la transition
America se défile – et alors ?
Washington claque une nouvelle fois la porte des négociations climatiques. Trump retire les États-Unis de l’UNFCCC et du GIEC. Déjà vu, disent les vieux routiers du dossier. Mais cette fois, le ton est plus offensif : il ne s’agit plus seulement de ne pas jouer le jeu, mais d’en perturber activement les règles. Paradoxe saisissant : certains experts estiment que l’absence américaine pourrait n’avoir que peu d’impact réel sur la trajectoire climatique mondiale. La transition énergétique avance, portée par la Chine, l’Europe et les dynamiques de marché. L’Histoire jugera si l’Amérique a raté le train ou simplement choisi de regarder passer.
L’ETS européen dans la tourmente
Berlin envoie des signaux contradictoires. La ministre de l’Énergie défend le marché carbone européen comme outil central de la politique climatique industrielle, pendant que dix États membres — dont la France et l’Allemagne — réclament sa révision. La pression politique atteint des niveaux historiques. Les industriels, eux, veulent de la visibilité, pas des coups de frein. Réformer sans détruire : c’est l’équation impossible que Bruxelles devra résoudre rapidement.
Le méthane, nouvelle bombe réglementaire pour l’énergie européenne
À partir de 2027, la réglementation européenne sur les émissions de méthane pourrait exclure jusqu’à 43 % des importations de gaz. Un chiffre qui rappelle le choc de 2022. Wood Mackenzie tire la sonnette d’alarme, les ONG climatiques crient à l’alarmisme. La vérité, comme souvent, se situe entre les deux. Mais le timing réglementaire, lui, est tout sauf anodin.
Les Balkans sur le fil
La transition vers les renouvelables fragilise des réseaux déjà vieillissants dans les Balkans occidentaux. Moins d’inertie de réseau, infrastructure sous-investie, risques de blackout en cascade. Le coût du rattrapage ? Entre 10 et 14 milliards d’euros d’ici 2030. Un prix élevé, mais bien inférieur à celui d’une panne généralisée.
Issues de notre collaboration de long terme avec Capitole Énergie, partenaire reconnu du secteur, ces analyses alimentent notre dispositif de veille et notre démarche de partage d’expertise sectorielle.