L’actualité des marchés de l’énergie

Clôture des prix au 06 mars 2026

Marché de l’électricité

Électricité : quand la géopolitique rallume les centrales

La flambée récente du gaz a ravivé un mécanisme bien connu des énergéticiens : lorsque le gaz devient trop cher, le charbon retrouve une compétitivité inattendue. Résultat, le contrat charbon API2 Coal Index a bondi vers 147,5 $/t, tandis que le marché du carbone s’est tendu, le contrat EU ETS EUA Dec 2026 dépassant brièvement les 73 €/t. Cette dynamique traduit une réalité physique : l’électricité reste dépendante du coût marginal de production. Lorsque les centrales à gaz deviennent trop coûteuses, les centrales à charbon prennent le relais, au prix d’une hausse mécanique de la demande de quotas carbone.

La géopolitique ajoute une couche d’incertitude. Les tensions au Moyen-Orient et les perturbations autour du Strait of Hormuz rappellent combien les marchés énergétiques restent interconnectés.

Dans ce contexte, l’Europe joue la prudence. En France, maintenir une production nucléaire élevée cet été n’est pas un simple choix technique : c’est une stratégie. L’objectif est clair : préserver le gaz pour l’hiver.


Historique & Variations des prix de l’électricité

Source EEX - Power Futures BASE Year

 

À la une

Marché de l’électricité

La France, exportateur… mais déjà au maximum

Depuis deux ans, la France est redevenue une véritable centrale électrique pour l’Europe. Grâce à son parc nucléaire et à une production bas carbone abondante, le pays exporte massivement vers ses voisins, notamment. Les flux atteignent 5,13 GW vers la zone « Core » européenne, soit presque la limite théorique du réseau.

Une situation paradoxale

Alors même que l’électricité française reste parmi les moins chères d’Europe Paris ne peut pas davantage soulager ses voisins confrontés à la flambée des prix liée au gaz.

L’effet domino du gaz

La fermeture du détroit d’Ormuz et l’arrêt de certaines productions de GNL au Moyen-Orient ont ravivé la nervosité des marchés. Résultat : la panique qui agite le gaz commence à contaminer l’électricité européenne.

Les prix restent toutefois très contrastés : le contrat à court terme français tourne autour de 48 €/MWh, tandis que l’Allemagne dépasse déjà les 100 €/MWh.

Le nucléaire, amortisseur du choc

Avec une production moyenne de plus de 43 GW semaine dernière, le nucléaire français joue un rôle d’amortisseur pour le système électrique européen.

Mais les contraintes du réseau – notamment les congestions autour de Lyon et la forte demande italienne – limitent la capacité d’export supplémentaire. En clair : la France stabilise le marché… mais ne peut pas sauver toute l’Europe.

 

L’essentiel, ailleurs en Europe

Marché de l’électricité

  • Après près de vingt ans de négociations, l’Union européenne et la Suisse ont signé un accord visant à intégrer progressivement le pays dans le marché électrique européen. L’objectif est clair : renforcer la stabilité du réseau et fluidifier les échanges transfrontaliers.

  • Les lobbies énergétiques français et allemands ont appelé Bruxelles à préserver le mécanisme actuel de formation des prix de l’électricité. Selon eux, ce système reste le moyen le plus efficace pour équilibrer l’offre et la demande et garantir la rentabilité des investissements.

  • Face aux tensions sur le gaz, la France pourrait à nouveau assouplir certaines règles environnementales limitant la production nucléaire lors des fortes chaleurs. L’objectif serait d’économiser du gaz pour l’hiver, comme en 2022 après l’invasion de l’Ukraine.

  • Paris et Rome jugent insuffisant le fonds européen destiné à soutenir les industries énergivores. Dans le même temps, plusieurs acteurs industriels dénoncent l’absence de stratégie énergétique robuste face aux chocs mondiaux, alors que la volatilité du gaz rappelle les tensions de 2022.

 

Marché du gaz naturel

Gaz : l’accalmie trompeuse d’un marché sous pression

Les tensions au Moyen-Orient ont perturbé le trafic dans le Strait of Hormuz, par où transite près de 20 % du commerce mondial de GNL. Le choc logistique a été amplifié par l’arrêt de production du complexe gazier de Ras Laffan Industrial City, opéré par QatarEnergy. Dans un marché mondial déjà tendu, chaque cargaison manquante devient immédiatement visible.Pour l’Europe, la fragilité est ailleurs : les stocks.

Les réserves tournent autour de 30 %, nettement en dessous de l’an dernier. Pire encore, la courbe des prix est inversée : l’été se négocie plus cher que l’hiver. Un signal rarissime qui décourage le stockage et complique la préparation de la saison froide.

À court terme, les autorités européennes se veulent rassurantes. Les infrastructures tiennent, les approvisionnements sont diversifiés. Mais le véritable enjeu n’est pas la molécule disponible aujourd’hui. C’est le prix de celle qu’il faudra payer demain. Et sur ce marché, l’hiver commence toujours bien avant l’automne.


Historique & Variations des prix du gaz naturel

Source EEX - PEG Gas Year Future

 

À la une

Marché du gaz naturel

Ormuz : le choc gazier qui réveille l’industrie européenne

Le choc est venu du Golfe. La suspension du transit maritime dans le détroit d’Ormuz a provoqué une flambée immédiate des prix du gaz en Europe. En quelques jours, les prix à court terme ont bondi de près de 65 %, flirtant désormais avec les 50 €/MWh. Un niveau qui, pour les industriels les plus exposés, change brutalement l’équation économique.

Des usines contraintes de lever le pied

Dans plusieurs secteurs fortement consommateurs de gaz – chimie, engrais, agroalimentaire ou verre – certaines entreprises ont déjà réduit leur production, voire arrêté temporairement leurs lignes. Beaucoup restent partiellement exposées au marché spot pour environ un tiers de leurs besoins énergétiques. Résultat : la hausse se répercute immédiatement sur leurs coûts.

Un tissu industriel déjà fragilisé

Le choc intervient au pire moment. L’industrie européenne, notamment la chimie, subit déjà la concurrence de capacités chinoises abondantes et d’une énergie nettement moins chère en Amérique du Nord. Face à la flambée actuelle, nombre d’entreprises préfèrent « faire le dos rond », absorbant les pertes dans leurs marges.

L’appel à un répit carbone

Les industriels demandent désormais à Bruxelles de suspendre la réduction des quotas carbone gratuits prévue en 2026. Selon leurs estimations, cette mesure allégerait d’environ 5 €/MWh le coût du gaz, offrant un peu d’oxygène à un secteur déjà sous forte pression.

 

L’essentiel, ailleurs dans le monde

Marché du gaz naturel

  • Face à l’arrêt des exportations qataries, les États-Unis pourraient rediriger davantage de cargaisons vers l’Europe. Mais la marge de manœuvre reste limitée : la plupart des terminaux fonctionnent déjà presque à pleine capacité.

  • Doha prévient : si l’arrêt de production se prolonge, les prix du gaz pourraient grimper jusqu’à 117 €/MWh. La fermeture du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour 20 % du commerce mondial d’énergie, alimente cette nervosité.


  • Malgré la volatilité, la Commission européenne estime que l’approvisionnement reste sécurisé. L’Union a diversifié ses sources et n’utilise encore qu’environ la moitié de ses capacités de regazéification de GNL.


  • Le véritable défi pourrait apparaître cet été : sans volumes qataris, les stocks européens pourraient plafonner autour de 70 % avant l’hiver. Une situation qui maintiendrait les prix sous tension et renforcerait la sensibilité du marché au moindre choc.

 

Zoom sur l’énergie verte

Quand la guerre fait trembler le gaz… et accélère la transition

Hydro norvégien : un printemps sous surveillance

Malgré des réserves hydrologiques inférieures à la normale, la Norvège se veut rassurante à l’approche du printemps. La dirigeante de Statkraft, Birgitte Vartdal, estime que les barrages disposent encore de suffisamment d’eau pour répondre à la demande, même si le manteau neigeux reste inférieur aux niveaux habituels.

La situation se complique avec la hausse récente des prix du gaz liée aux tensions géopolitiques autour de l’Iran. Selon Vartdal, un conflit prolongé pourrait retirer jusqu’à 20 % des volumes mondiaux de GNL du marché, exerçant une pression sur l’approvisionnement énergétique européen.

Pour autant, la patronne du géant hydroélectrique ne croit pas à un scénario catastrophe comparable à la crise énergétique de 2022. L’Europe, explique-t-elle, est aujourd’hui mieux armée : les capacités renouvelables ont fortement progressé et les infrastructures d’importation de GNL se sont améliorées.

L’Europe muscle sa stratégie industrielle verte

La Commission européenne a dévoilé un nouveau projet législatif baptisé « Industrial Accelerator Act », visant à renforcer la souveraineté industrielle du continent dans les technologies propres. L’objectif : attirer des investissements dans la fabrication européenne de batteries, électrolyseurs, pompes à chaleur, éolien, solaire et nucléaire.

Derrière ce projet se profile un enjeu stratégique : réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine, qui représente aujourd’hui plus de 80 % des capacités mondiales de production de batteries et de panneaux solaires.

L’initiative prévoit également des transferts de technologie, l’intégration des projets dans les chaînes de valeur européennes et la création d’emplois locaux. Elle pourrait aussi être étendue à d’autres infrastructures critiques, comme les réseaux électriques.

France et Espagne : les marchés électriques résistent au choc géopolitique

Alors que les tensions au Moyen-Orient ont fait flamber les prix du gaz et de l’électricité en Europe, les marchés français et espagnols ont relativement bien résisté.

La raison est structurelle : la France et l’Espagne disposent d’un mix électrique largement décarboné. En France, la combinaison du nucléaire, de l’hydroélectricité, de l’éolien et du solaire couvre largement la demande actuelle, d’autant que les températures sont supérieures aux normales saisonnières et que la consommation est en baisse.

Dans ces conditions, le recours aux centrales à gaz reste marginal, représentant moins de 3 % de la demande électrique.

Crise énergétique : catalyseur ou frein pour la transition ?

La flambée des prix du pétrole et du gaz provoquée par le conflit au Moyen-Orient pourrait paradoxalement accélérer la transition énergétique en France. Mais l’issue dépendra surtout de la durée du choc sur les marchés fossiles.

Certains responsables politiques y voient une opportunité. Le député Raphael Schellenberger estime que la situation démontre l’avantage structurel du système électrique français, moins sensible aux tensions géopolitiques grâce à son mix bas carbone.

Mais le chemin reste semé d’embûches. Les coûts d’investissement élevés, la compétitivité relative du gaz et les incertitudes économiques freinent encore de nombreux projets industriels.

Ainsi, si les prix du gaz restent durablement élevés, ils pourraient accélérer l’électrification et la décarbonation. Dans le cas contraire, l’inflation énergétique pourrait au contraire encourager l’attentisme des industriels et ralentir la transition.

 

Issues de notre collaboration de long terme avec Capitole Énergie, partenaire reconnu du secteur, ces analyses alimentent notre dispositif de veille et notre démarche de partage d’expertise sectorielle.

 

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Helder FARIA RUBIO

Référent Intelligence Économique pour N92

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